

Le retour de l’aigle franquiste·
Sous couvert de plateformes civiques et à l’abri du discours virulent du Parti Populaire sur les questions basque et catalane, ainsi que sur le 11 mars, les mouvances d’extrême droite émergent en Espagne.
Ces derniers temps, le profil noir de l’aigle franquiste se laisse voir trop fréquemment dans le ciel de Madrid et de bien d’autres villes espagnoles. Ceux qui préconisaient il y a quelques années l’extinction de cette espèce, notamment en raison de l’absorption de l’extrême droite par leParti Populaire, se sont trompés. Le drapeau franquiste, interdit, tout comme les saluts fascistes des "ultras" sont de retour dans le paysage politique espagnol.
Dans son dernier ouvrage paru en avril, Una patria imaginaria. La extrema derecha española (1973-2005), l’historien catalan Ferran Gallego explique le processus d’absortion de l’extrême droite espagnole par le parti post-franquiste Alianza Popular, formation refondée dans les années 90 par José María Aznar. "Ces dernières années, la virulence du Parti Populaire face aux propositions d’auto-gouvernement au Pays Basque et en Catalogne a satisfait une bonne partie de l’électorat Œultra’ qui craint une Œrupture’ de l’Espagne, ce qui ne laisse pratiquement plus d’espace aux partis d’extrême droite".
Pourtant, alors que les formations "ultras" n’obtiennent pas de soutien électoral, le PPcapitalisant la plupart du vote d’extrême droite. Cette tendance est de plus en plus visible. À l’abri du discours virulent du PP, notamment sur la question basque et concrètement sur le processus de paix, les franquistes, Œfalangistes’ et ultra-catholiques sont en train de prendre le devant de la scène.
Les manifestations organisées par l’AVT, la principale association des victimes de l’ETA, proche du PP, sont un exemple de l’émergence médiatique de l’extrême droite. Il ne faut pas oublier non plus le soutien apporté à cette idéologie par des hauts responsables de l’Eglise espagnole tels que l’archevêque de Pampelune et évêque de Tudela Fernando Sebastian. Déjà connu pour ses propos condescendants sur le franquisme, il a récemment dévoilé ses préférences politiques, déclarant que l’idéologie d’extrême droite est "digne de soutien".
Les plateformes civiques
Pour faire entendre son message, l’extrême droite a choisi la voie des plateformes civiques. La principale est España y Libertad, composée d’une quarantaine de mouvements proches des fascistes ou d’associations ultra-catholiques. La principale activité de cette plateforme est juridique: elle n’arrête pas de déposer des plaintes à l’encontre du gouvernement socialiste pour les négociations avec l’ETA, contre le lehendakari Juan José Ibarretxe, les dirigeants du Parti Socialiste d’Euskadi Patxi Lopez et Rodolfo Ares, ainsi que contre les leaders de Batasuna Arnaldo Otegi et Rufi Etxeberria pour leur rencontre en vue de la mise en place d’une table de dialogue politique, contre les policiers ayant enquêté sur les attentats islamistes du 11 mars 2004 à Madrid, des attentats que l’extrême droite attribue à l’ETAŠ
Cette plateforme a réussi à obtenir une certaine notoriété, en grande partie en raison du soutien montré par des dirigeants du PPaux plaintes déposées en justice. Il se trouve que la présidente d’España y Libertad, Yolanda Morín, fut trésorière au Pays Basque du mouvement d’extrême droite ŒFalange’. Il se trouve aussi que son mari, Santiago Foncela, ancien chef de Falange Vasca est le responsable du journal en ligne Minutodigital.
Selon l’hebdomadaire madrilène Interviu, les services du renseignement de la police espagnole sont en train d’enquêter sur ce média dans lequel collaborent des responsables de divers groupuscules d’extrême droite ainsi que des responsables du PP tel l’élu municipal et candidat populaire pour la mairie de Bilbao Antonio Basagoiti. En 2002, la revue d’investigation Kale Gorria avait publié des photos des membres de Falange Vasca munis d’armes au poing, en tenue traditionnelle bleue de la Falange et en train de s’entraîner au tir.En compagnie de Santiago Fontenla, on voyait un élu municipal du PP de la commune Bizkaitar de Gorliz.
L’aigle franquiste est de retour.
Et comme l’affirmait récemment l’ancien rédacteur en chef du quotidien El País, Juan Luis Cebrián, en référence aux drapeaux interdits qui ont pu se voir dans les dernières manifestations publiques appelées par le Parti Populaire, "cela ne veut pas dire que le PP est franquiste. Mais cela signifie qu’il y a des franquistes au sein du PP et que ce dernier ne fait pas preuve d’une grande sévérité avec eux". Parce qu’un vote est toujours un vote.
Les 'ultras' saluent le soutien apporté par l’archevêque de Pampelune"Il y a aujourd’hui, en Espagne, certains partis politiques qui souhaitent rester fidèles à la doctrine sociale de l’Eglise dans sa totalité, comme par exemple Comunión Tradicionalista Católica, Alternativa Española, Tercio Católico de Acción Política, Falange Española de las JONS. Ce sont tous des partis qui ne sont pas pris en compte. Ils ont une valeur limitée qui peut justifier une voix. (Š) On ne peut pas les considérer comme obligatoires, mais dignes de considération et de soutien".
Les quatre formations auxquelles l’archevêque a fait référence dans un discours réalisé récemment [lire le journal du jeudi 10 mai] sont des partis d’extrême droite et certains ont directement soutenu la dictature franquiste. Alternativa Española (AES) a applaudi ces propos, qualifiant l’attitude de Mgr Fernando Sebastian de "courageuse". AES est un parti ultra-catholique mené par le gendre de Blas Piñar, fondateur du parti Fuerza Nueva, héritier direct du franquisme.
Tercio Católico de Acción Política (TEAP), qui se présente aux élections avec un seul candidat ‹celui à la mairie de Madrid‹, ne s’est pas exprimé sur les propos de l’archevêque. Dans son programme politique le TEAP annonce son "ras-le-bol des unions contre-nature" (les mariages homosexuels), "la falsification historique de la Patrie et de ses saines coutumes traditionnelles" ou encore "les mesures contre la natalité", avec notamment la diffusion de préservatifs dans les lycées ou l’avortement.
Quant à Comunión Tradicionalista Católica, il s’agit d’un parti réactionnaire historique qui défend la légitimité d’une branche royale des Bourbons différente de celle qui siège aujourd’hui sur le trône du Royaume d’Espagne. Héritier du Carlisme le plus conservateur, la CTC et ses Œrequetés’ avaient soutenu le soulèvement militaire contre la République espagnole en 1936 et avaient joué un rôle prépondérant dans la répression en Pays Basque sud, notamment en Navarre. La Comunión Tradicionalista revendique la "gloire des Espagnes" et se présente comme "le bras armé de la vérité catholique".
Falange Española de las JONS, malgré les scissions successives, est certainement le parti de l’extrême droite espagnole le plus structuré. Le joug et les flèches de son drapeau se voient de plus en plus dans les manifestations convoquées par le PP ou l’AVT.
Parmi les personnalités politiques à avoir défendu l’archevêque on retrouve le président navarrais Miguel Sanz. Le dirigeant de l’UPN, branche régionale du PP, a déclaré qu’il ne critiquera "jamais les propos de Mgr Sebastian, parce que son discours est toujours attaché aux valeurs de la liberté et de la spiritualité".
le journal du Pays Basque: http://www.lejpb.com/
Les 'ultras' saluent le soutien apporté par l’archevêque de Pampelune"Il y a aujourd’hui, en Espagne, certains partis politiques qui souhaitent rester fidèles à la doctrine sociale de l’Eglise dans sa totalité, comme par exemple Comunión Tradicionalista Católica, Alternativa Española, Tercio Católico de Acción Política, Falange Española de las JONS. Ce sont tous des partis qui ne sont pas pris en compte. Ils ont une valeur limitée qui peut justifier une voix. (Š) On ne peut pas les considérer comme obligatoires, mais dignes de considération et de soutien".
Les quatre formations auxquelles l’archevêque a fait référence dans un discours réalisé récemment [lire le journal du jeudi 10 mai] sont des partis d’extrême droite et certains ont directement soutenu la dictature franquiste. Alternativa Española (AES) a applaudi ces propos, qualifiant l’attitude de Mgr Fernando Sebastian de "courageuse". AES est un parti ultra-catholique mené par le gendre de Blas Piñar, fondateur du parti Fuerza Nueva, héritier direct du franquisme.
Tercio Católico de Acción Política (TEAP), qui se présente aux élections avec un seul candidat ‹celui à la mairie de Madrid‹, ne s’est pas exprimé sur les propos de l’archevêque. Dans son programme politique le TEAP annonce son "ras-le-bol des unions contre-nature" (les mariages homosexuels), "la falsification historique de la Patrie et de ses saines coutumes traditionnelles" ou encore "les mesures contre la natalité", avec notamment la diffusion de préservatifs dans les lycées ou l’avortement.
Quant à Comunión Tradicionalista Católica, il s’agit d’un parti réactionnaire historique qui défend la légitimité d’une branche royale des Bourbons différente de celle qui siège aujourd’hui sur le trône du Royaume d’Espagne. Héritier du Carlisme le plus conservateur, la CTC et ses Œrequetés’ avaient soutenu le soulèvement militaire contre la République espagnole en 1936 et avaient joué un rôle prépondérant dans la répression en Pays Basque sud, notamment en Navarre. La Comunión Tradicionalista revendique la "gloire des Espagnes" et se présente comme "le bras armé de la vérité catholique".
Falange Española de las JONS, malgré les scissions successives, est certainement le parti de l’extrême droite espagnole le plus structuré. Le joug et les flèches de son drapeau se voient de plus en plus dans les manifestations convoquées par le PP ou l’AVT.
Parmi les personnalités politiques à avoir défendu l’archevêque on retrouve le président navarrais Miguel Sanz. Le dirigeant de l’UPN, branche régionale du PP, a déclaré qu’il ne critiquera "jamais les propos de Mgr Sebastian, parce que son discours est toujours attaché aux valeurs de la liberté et de la spiritualité".
le journal du Pays Basque: http://www.lejpb.com/
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